Je n'ai rien ressenti d'abord, qu'une forme abjecte de satisfaction de voir se réaliser cette intuition que j'étais faites pour souffrir.
Et cet étonnement : je ne souffrais pas.
La prise de conscience eut lieu devant ce magasin de vêtements pour enfants. J'eus le souffle coupé, l'impression qu'une gerbe d'étincelles éclataient dans ma tête.
La crise qui s'en suivit m'effraya moi-même.
Non par sa véhémence, mais parce qu'elle était incontrôlable .Par un paradoxe étrange, la contemplation de mes émotions m'avait mise à l'abri des souffrances que j'appellerai tangibles, parce qu'elles ont une origine définie , j'étais une machine à ressentir, pleurant quand je voulais pleurer, riant quand je voulais rire.Mais la douleur occasionnée par la perte de cet enfant n'était pas contrôlables, et ses manifestations ne m'étaient pas intelligible; par exemple, ce qui fait le plus mal quand je pense à lui, c'est de ne pas savoir ou regarder.
J'avais dix-sept ans à ce moment là, quand j'ai compris que la souffrance n'était pas un moyen d'échapper à la platitude, d'accéder au sublime.
Pourtant, ce n'est pas cette épreuve et la douleur qu'elle me causa et me cause encore qui ont fait de moi ce que je suis.
J'ignore tout de ce désespoir hurlant
contre lequel je ne peux rien.